Connaître Vladimir Ghika — I
Qui est Vladimir Ghika ?
Né en 1873, prince et prélat roumain, diplomate du Saint-Siège, fondateur d’hospices, adversaire du nazisme et du communisme : arrêté à près de quatre-vingts ans, il meurt sous la torture.
Né orthodoxe, le prince Vladimir Ghika se convertit au catholicisme en 1902. Ordonné prêtre tardivement en 1923, vers l’âge de cinquante ans, il est devenu célèbre pour sa spiritualité eucharistique et sa recherche des « préférences de Dieu ». Il est mort en témoin de la vérité dans une prison communiste roumaine, à Bucarest, en mai 1954, des suites des sévices et de l’épuisement, à l’âge de quatre-vingts ans.
Une famille de princes régnants
Né à Constantinople le 25 décembre 1873, Mgr Ghika appartenait à une illustre famille ayant donné dix princes régnants à la Valachie et à la Moldavie depuis 1657. Son père était alors le représentant diplomatique de la Roumanie auprès de la Sublime Porte.
Il était doté d’une vaste érudition, ayant fait des études poussées en lettres, sciences, droit, médecine, philosophie et théologie. Cette accumulation n’est pas anecdotique : elle explique qu’il ait pu, plus tard, parler d’égal à égal avec des diplomates, des médecins et des théologiens — et se rendre utile dans un lazaret comme dans une chancellerie.
La conversion, 1902
Le 13 avril 1902, il entre dans l’Église catholique avec sa cousine Natalia, reine de Serbie, en faisant la profession de foi catholique dans l’église Sainte-Sabine de Rome. Il a vingt-huit ans. Il gardera toute sa vie une familiarité profonde avec les deux traditions : ordonné plus tard sous les rites latin et byzantin, il aidera en 1947 les monastères orthodoxes de Moldavie pendant la famine.
L’homme d’action par excellence
Avant son sacerdoce, il s’est distingué comme « homme d’action par excellence », notamment en fondant les premières Œuvres de charité catholiques en Roumanie. En 1906, il constitue le groupe des Filles de la Charité à Bucarest et ouvre, rue Griviței, le premier dispensaire gratuit, « Bethleem Mariae ».
En 1913, il s’est enfermé avec les Filles de la Charité au lazaret des cholériques de Zimnicea, recevant la médaille militaire pour son dévouement en qualité de civil. Il n’était ni médecin militaire, ni aumônier : il est entré, simplement, là où l’on mourait.
Le sacerdoce, à cinquante ans
Son sacerdoce, reçu le 7 octobre 1923 des mains du cardinal Dubois, archevêque de Paris, était mû par sa conviction de l’efficacité de la messe. Deux jours plus tard, il reçoit du pape le privilège de célébrer selon les rites latin et byzantin. Pie XI lui accordera des pouvoirs exceptionnels, dont celui de confesser n’importe où et d’absoudre les cas réservés — un statut à la mesure d’un ministère sans paroisse ni frontière.
Nommé protonotaire apostolique le 13 mai 1931 — après avoir hésité, ayant fait vœu de n’accepter aucune dignité ecclésiastique —, il commente : « Rien ne changera dans ma manière de vivre, ce ne sera qu’un étroit ruban ajouté à la soutane. »
L’Œuvre des Frères et Sœurs de Saint-Jean
Il a établi le groupement des Frères et Sœurs de Saint-Jean, une société auxiliaire des missions, qu’il concevait comme un « organe de coopération pour mieux avancer le règne de Dieu ». Cette œuvre était définie comme « apostolique dans son aboutissement » et « eucharistique au point de départ », reposant sur la théologie des besoins et la liturgie du prochain.
Lire ce que recouvrent ces deux expressions
L’arrestation et le procès
Mgr Ghika a poursuivi son apostolat jusqu’à son arrestation en novembre 1952, après être resté à Bucarest sous l’occupation nazie puis soviétique. Il avait refusé de quitter la Roumanie en 1939, refusé de fuir les bombardements de 1944, refusé en 1948 de monter dans le train royal qui emmenait ceux qui pouvaient encore partir.
Accusé d’espionnage pour le Vatican, il fut maltraité et soumis à la torture pendant près d’un an à la prison de la Securitate d’Uranus. Lors de son procès, le 24 octobre 1953, malgré sa faiblesse extrême, il a fait preuve d’une fermeté inébranlable, refusant de se laisser défendre par son avocat commis d’office.
Évangéliser en prison
Même en prison, il continuait d’évangéliser ses compagnons de captivité, racontant des histoires pour « entraîner les captifs vers la Terre sainte, l’Australie ou le Japon » et transmuer leur angoisse en joie.
Il meurt à Jilava le 16 mai 1954, à 17 h 30. Le 27 mars 2013, le Saint-Père autorise la promulgation du décret reconnaissant son martyre ; le 31 août de la même année, il est proclamé bienheureux à Bucarest.
Va chercher celui qui n’osait t’attendre. Donne à celui qui ne te demande pas. Aime qui te repousse.
Nous rejoindre
Une vie ne se résume pas : elle se parcourt.
Soixante-quinze jalons, de la naissance à Constantinople jusqu’à l’entrée à l’Académie roumaine, à titre posthume.